Sexe, drogue, mensonges et sciences !
Nouvelles neuves de médecine et d'ailleurs
La relation médecin malade est souvent examinée de façon assez unilatérale, c'est-à-dire du médecin vers le patient. Les effets des contre-attitudes des médecins sur leurs patients font l’essentiel de cette approche. Les effets des attitudes des patients sur leurs médecins sont, à l’inverse, relativement négligé.
La psychanalyse a permit de commencer à s’intéresser à ce que ressentait le médecin, en utilisant ce qu’elle a définit comme le contre-tranfert. Ce dernier regroupe l’ensemble des réactions, positives ou non, que le médecin a avec son patient. L’utilisation de ce contre-tranfert était relativement novateur.
Plus simplement, peut-être, une des rubriques du JAMA s’est centrée sur les introspections de médecins confrontés à des patients difficiles.
Un des derniers articles reprenait la trajectoire d’un médecin américain d’origine etrangère, dont les patients tour à tour vantaient le caractère sérieux propre aux « gens comme [lui] » ou encore préféraient être soigné par un médecin de la même origine qu’eux.
En lisant cette rubrique intelligente, on peut se demander jusqu’ou les soignant peuvent accepter les patients « tels qu’ils sont », avec leurs fantasmes, leurs exigences, et leurs représentations de la maladie et des soignants.
Par exemple, peut-on accepter, dans une prise en charge hospitalière, qu’un patient refuse d’être soigné par un médecin noir ou asiatique ?
Et si l’opposition aux soins a lieur dans l’urgence, et qu’elle met en jeu la vie du patient ? , Faut-il alors être confrontant et en venir à sédater un patient qui s’agite, ou entendre que le patient est enfermé dans ses convictions, et passer la main à un médecin que le patient acceptera ?
Cette introspection du JAMA, touchante, contraste avec un éditorial réalisé par un cardiologue caricatural.
Les cardiologues sont parfois (souvent !) critiqués pour leur suffisance, et cet éditorial intitulé "The cardiologist as a role model" (sic!) vient soutenir cette image d’Epinal, puisqu’il se demande comment cette spécialité peut encore être un exemple pour les autres et pour le monde…
Les introspections des médecins quant à leur relation à leur patient intéressent particulièrement les revues, comme l’American Journal of Psychiatry qui en publie mensuellement.
Elles se suivent et ne se ressemblent donc pas !
Tim Crow, c'est lui, là, à gauche. Comme vous pouvez voir ici, c'est pas un jeune premier de la psychiatrie.
C'est un peu un dinosaure, largement respecté, et en général, les dinosaures savent se tenir.
Par exemple, lorsqu'ils critiquent l'article d'un confrère, les dinosaures, ca prend des pincettes, et les articles ou les lettres à l'éditeur ressemblent souvent à des échanges de politesses.
Mais Tim, il faut pas lui souffler trop longtemps dans les bronches.
Un exemple récent, ou plutôt deux, publiés à quelques mois d'intervalle dans le British.
Deux courants s'affrontent en psychiatrie génétique, notamment pour la schizophrénie. Certains disent que si des gènes prédisposent à la schizophrénie, ils doivent être nombreux, tout ca doit être compliqué et c'est bien pour ca qu'on ne trouve pas grand chose.
Les autres au contraire, dont Tim Crow, pensent qu'un variant d'un gène peut avoir un rôle majeur, mais que si il est rare, on peut avoir du mal à le trouver.
En tout cas, Tim pense être sur la voie, et pense que les autres se trompent, ...alors il leur dit, une premiere fois, dans le British Journal of Psychiatry:
"it is difficult to see that DISC1 can have an important role in the development of psychosis as Muir et al argue. The evidence has been overinterpreted.".
Soit "il est difficile de voir que DISC1 (un gène étudié par Muir et de nombreux autres, NDT) pourrait avoir un "rôle important dans le développement de la psychose comme Muir et collaborateurs le prétendent. Les preuves ont été sur-interprétées".
Dans les dents...!
Un peu plus tard, toujours dans le British, un autre commentaire pour d'autres auteurs, sur le même sujet :
"In their "common disease rare alleles" hypothesis McClellan et al (2007) come close to formulating an untestable theory.(...)
While McClellan et al's hypothesis promises a search for elusive rare alleles that will never reach a conclusion, Craddock et al (2007) perseverate in their claim that "Several genes have been implicated repeatedly as conferring risk for schizophrenia or bipolar disorder".
Comparison of the largest and most systematic linkage studies, including those of Craddock et al themselves, shows that these claims cannot be sustained (Crow, 2007)"
Soit:
"Dans leur article "maladie commune-allèles rares", McClellan et collaborateurs en viennent presque à formuler une théorie intestable. (...).
Tandis que l'hypothèse de McClellan (i.e des gènes nombreux concourent à la schizophrénie, NDT) nous garantit une recherche d'allèles hypothétiques d'allèles rares qui ne mèneront jamais à une conclusion, Craddock et al (une autre pointure de la psychiatrie génétique, NDT) persévèrent dans leur affirmation que "plusieurs gènes ont été impliqués de façon répétés (i.e dans différents travaux, NDT) dans le trouble bipolaire et dans la schizophrénie".
La comparaison des études de liaison les plus grandes et les plus systématiques, y compris celles de Craddock lui-même, montre que ces affirmations ne peuvent pas être soutenues."
Tim, il est gentil, mais il faut pas lui souffler dans les bronches...
Peter Tyrer est le très British editeur en chef du très British "British Journal of Psychiatry".| Novembre 2009 | ||||||||||
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